de sergio » Mercredi 17 Août 2011 12:48
Bonjour Des...espoirs, Bonjour à tous,
Je comprends si bien votre désarroi, le lien affectif rompu avec l'autre (plus de câlins, plus de main tendue, plus de caresse, plus de sourire complice, plus rien ... rien de ce qui fait qu'un couple est un couple), l'autre qui ne semble lié qu'avec sa dépression. L'autre qui vit dans son prisme déformant, à qui tous les messages que l'on envoie n'arrivent que déformés et que nous avons tant de mal à comprendre.
Des...espoirs, je me sens particulièrement proche de ta situation : je suis chef d'entreprise comme toi, il faut assurer et faire semblant chaque jour pour "animer" et motiver l'équipe, alors qu'à la maison on est miné en permanence par une situation accablante, une souffrance infernale, et l'incohérence de l'autre dont on se demande si il/elle maîtrise vraiment sa décision de divorcer.
Ma Femme ne se dévalorise pas en disant d'elle-même qu'elle est la plus grande garce du monde, mais elle me dit que pour ses deux précédents divorces elle avait de bonnes raisons (autrement dit elle n'en a pas vraiment maintenant) : son premier mari était plus infidèle que Don Juan et son second mari plus alcoolique que Sue Ellen dans Dallas.
Comme elle dit, "avec toi c'est différent, parce que tu es quelqu'un de gentil, tu es bosseur, tu es un bon Père, tu es attentionné, tu m'aimes ..." ...
Quand je lui demande pourquoi divorcer dans ces conditions, elle répond qu'il n'y a plus de sentiments, qu'elle ne veut pas vivre avec quelqu'un qu'elle n'aime pas.
Dans ses moments de haute volatilité, elle ajoute à qui veut l'entendre que je suis un monstre, que je lui ai fait trop de mal et qu'elle ne peut pas me pardonner.
Quand je lui demande quel "trop de mal" je lui ai fait, elle me répond que je le sais déjà ou que je n'ai qu'à demander à un tel ou un tel, qu'il m'expliquera.
Et si je n'appelle pas pendant 24 heures, elle s'en plaint à nos amis communs.
La semaine dernière devait être le début de ces vacances "bizarres" avec chambres et programmes séparés. Ma Femme est arrivée comme prévu le lundi soir dans ce petit château près d'Avignon et nous avons annoncé notre divorce à notre fils, qui était moins bouleversé que moi ... il faut croire que depuis plus de sept mois qu'il voit lui aussi sa Mère sortir X fois par semaine et ses parents faire chambre à part, il s'était "auto-préparé" à cette extrémité. Globalement il a plutôt bien encaissé le choc, et se montre plutôt surprenant de maturité, mais je sais aussi qu'il intériorise beaucoup, je vais tout simplement continuer à entretenir notre complicité et à le surveiller comme le lait sur le feu. Avant l'annonce, j'ai encore tenté de la dissuader d'aller au bout de sa démarche, de la persuader de faire marche arrière et d'entamer une thérapie de couple, en faisant valoir que toutes les fondations sont présentes pour une reconstruction. Elle à juste répondu qu'il n'y avait plus aucune fondation, et mon fils à eu ce mot bouleversant : "Moi je trouve que je suis une fondation, et pas des moindres".
Mais, pour l'instant, c'est l'égoïsme du dépressif qui l'emporte.
J'aurais beaucoup à dire sur cette semaine infernale, mais les détails n'ont plus grande importance maintenant. Ma Femme prétend ne plus être en dépression, et pourtant ses humeurs sont plus que jamais volatiles et agressives, elle est très incohérente tout en prétendant être parfaitement lucide, elle dit qu'elle ne revient jamais sur une décision mais ne fait que changer de cap en permanence. Elle continue à se "droguer" à l'hyperactivité (sorties et réceptions à répétition) mais craque à la première pause. Dès qu'elle est seule, elle replonge, avec gravité. Et m'accuse de tous ses maux ... mais cela aussi fait partie du tableau.
Jeudi, j'avais prévu dans le plus grand secret d'aller voir ses parents, qui sont chroniquement fâchés avec elle. Une ultime tentative de réconciliation, une ultime façon pour moi de jeter mes dernières forces dans la bataille pour tenter de sauver quelque chose. Peine perdue, ses parents sont plus bornés que jamais et mourront probablement en s'étouffant dans leur haine destructrice, et ma femme, à qui j'ai bien entendu expliqué mon initiative, n'y a vu qu'un prétexte de plus pour me dire que je faisait tout pour l'enfoncer et la faire replonger. Elle m'a demandé de partir, de la laisser tranquille pour finir ses vacances en paix avec notre fils. Vendredi matin je lui ai demandé à plusieurs reprises si elle pensait vraiment pourvoir rester seule avec notre garçon, elle m'a assuré que oui, qu'elle avait déjà trouvé une copine pour dîner le soir, qu'elle avait prévu des massages avec - je la cite - "super masseur" (il s'appelle Ken, un grand beau gosse qui doit avoir quelques années de moins que moi, j'ai appris par personne interposée que ma Femme s'est faite un film sur lui pour en faire son "mec de transition" qui l'aiderait à tourner la page de notre mariage), qu'elle avait de bons bouquins et que tout irait bien ; "Laisses nous tranquille".
Je suis parti le vendredi midi, plus de 10 heures pour rejoindre Paris avec les embouteillages. Moins de 24 heures après mon retour, elle m'appelle pour me dire que si elle reste au Château seule 24 heures de plus elle va crever, que je dois revenir pour m'occuper de mon fils, que je lui ai torpillé ses vacances, qu'elle doit rentrer au plus vite à Paris car elle y a ses vrais amis. Au ton de sa voix, je me suis inquiété pour mon gamin et je me suis refait un aller-retour, cette fois en TGV + voiture de loc. Je suis revenu hier soir, j'ai laissé mon fils chez mes parents ou il a plein de copains, ça lui fera du bien.
Ma femme, elle, m'a demandé de rester chez mes parents, car elle à besoin de calme.
Mais je suis las de son comportement. Elle veut divorcer, je crois moi aussi -et je ne suis pas seul - qu'elle doute fort au fond d'elle-même de ses motivations pour cela. Mais je ne veux plus être son punching ball, son souffre-douleur. Je lui ai répondu sèchement et fermement que cette maison est encore la mienne et que je rentrerais ; si elle ne supportait pas l'idée d'être sous le même toit, elle était libre de partir quelques jours.
Elle se dit guérie, je n'y crois pas un instant.
Début juillet, elle m'a montré avec fierté sa nouvelle ordonnance dans laquelle elle allait progressivement, en un mois, vers l'arrêt des antidépresseurs. A l'époque, je l'ai encouragée en disant que c'était une super bonne nouvelle, mais la vérité c'est qu'elle devait commencer son véritable combat contre la dépression, sans béquille chimique ; qu'elle devait alors commencer à nager sans bouée.
Des...espoirs, ton mari est lui aussi loin d'être guéri, il te propose tantôt de voir son psy 3 fois par semaine si nécessaire, mais tu écris aussi qu'il n'envisage pas de continuer son traitement. Tant qu'il ne sera pas guéri tu n'auras aucun moyen de savoir si les décisions qu'il prend sont véritablement fondées. Mais il faut bien que ta vie continue, au final nous souhaitons tout de même tous être heureux dans la vie. Moi non plus je ne saurais pas si ce divorce la rendra plus heureuse, si cette décision est fondée, si c'est la meilleure solution, mais je glisse un peu plus d'une marche chaque semaine, chaque jour. Je suis las de me battre, j'ai jeté toutes mes forces dans la bataille et à ce jour j'ai, chaque fois, perdu.
Je préfère la laisser (re)venir ... si elle doit le faire un jour.
J'ai décidé de ne pas faire obstruction au divorce, je ne peux plus rien aujourd'hui.
Et si, après avoir divorcé à cause de la dépression, nous devons nous remarier un jour, nous ne serons certainement pas les premiers à la faire.
Mais, pour mon fils, pour moi, je dois avancer, même dans une douleur extrême. La douleur finira par passer.
Pour me rassurer sur ma "capacité à plaire" je me suis inscrit sur 2 sites de rencontres, et je suis déjà contacté par des femmes que je trouve plutôt séduisantes. Je ne suis pas du tout ouvert à une quelconque relation aujourd'hui, et je n'envisage même pas de donner suite, je sais que ce n'est pas très sympa pour ces femmes qui sont peut-être sincères, mais au moins mon égo se reconstruit un peu, pour quelques heures.
Je reviendrais bientôt, prendre de vos nouvelles à tous
Bon courage à vous tous,
Sergio
"I am upon the hill and not six feet under, so this is gonna' be a good day".
"Be happy or die trying"