de Mélina » Jeudi 10 Novembre 2011 23:54
Bonjour Deoxis,
Je réponds un peu tardivement à ta question mais j'espère pouvoir t'apporter quelques billes.
Pas besoin de faits manifestes, violents, évidents, anormaux, exceptionnels pour vivre une dépression.
Une mésentente, un désamour, un étouffement quelconque dans les relations familiales dans l'enfance et l'adolescence, ou dans les relations amoureuses, amicales, suffisent à faire "plonger" dans la dépression. La plupart du temps, les sources sont multiples, et très souvent, elles sont affreusement banales. Mais notre vécu de ces choses si banales peut être très douloureux.
Cette douleur peut être étouffée longtemps, parce qu'elle menace d'autres sentiments: la fidélité, l'amour que l'on porte à nos proches, le désir de nous conformer à ce que nous croyons qu'ils attendent de nous, etc. Et puis un jour elle demande à se faire entendre, à être vécue, elle absorbe l'énergie psychique, nous rendant indisponible à l'existence: c'est la dépression.
Au final, une dépression, qu'est-ce que c'est?
Un fonctionnement du cerveau qui provoque de la souffrance.
Si le cerveau s'est mis à fonctionner de cette façon-là , c'est parce qu'il n'a pas trouvé d'autres façons de fonctionner, qu'il s'est protégé de quelque chose.
L'histoire d'une dépression, c'est souvent l'histoire d'une douleur étouffée qui finit par se frayer un chemin pour s'exprimer malgré nous. Parce qu'en étouffant la douleur, on s'use, on se fatigue, on se blesse. Alors, en gros, le cerveau abaisse son régime de fonctionnement et c'est là que survient le retrait, la sensation de ne plus avoir d'envie.
C'est une parole de souffrance souvent qui demande à sortir du silence. Quand bien même les sources, les origines de cette souffrance dans ce que l'on a vécu peuvent paraître très anodines. Le ressenti n'est jamais anodin.
J'ai beaucoup aimé ta réaction, Archaos, pleine de justesse à mes yeux.
Oui, ton père n'a peut-être pas de problème personnel, Deoxis. Mais cela ne signifie pas que son comportement ne puisse pas provoquer de la souffrance chez autrui. Cela ne signifie pas que son comportement est juste envers ses proches, cela ne signifie que ce serait un tort que de remettre en question les relations que tu as pu entretenir avec lui, cela ne signifie qu'il ait eu raison.
Je ne suis pas en train de le juger, je te dis juste que le fait que tu penses qu'il va bien n'a rien à voir avec ce que toi tu ressens, ni avec le fait que ta souffrance soit légitime et fondée.
Je dis cela parce que tu as parlé de la dureté de ton père, mais rien ne dit que l'origine ou les origines de ton mal-être résident dans les relations que tu entretiens avec lui.
De la même façon, le cerveau est bel et bien une partie de notre corps. Ses dysfonctionnements sont réels, ils ont un ancrage physique. Ils n'apparaissent pas par l'opération du Saint-Esprit. Il y a toujours une cause à une maladie. Une maladie ne s'invente pas toute seule pour le plaisir de s'inventer. Elle a toujours une raison d'avoir lieu.
De façon générale, une maladie est une adaptation douloureuse à une situation dangereuse pour le corps et son intégrité. Qu'il s'agisse d'une angine ou d'une dépression, qu'il s'agisse de l'estomac ou du cerveau, c'est le même problème au final.
La dimension psychique, et sa complexité, notre conscience des choses, notre rapport moral au monde nous font souvent perdre cet aspect de vue.
Pourtant, du point de vue du corps, une dépression et une angine sont au départ exactement la même chose: des dysfonctionnements organiques.
Voilà , j'espère avoir un peu répondu à tes questions. Et ne pas t'avoir blessé ou outrepassé une certaine limite en évoquant tes relations avec ton père, car ce n'est vraiment pas mon intention.