Poêmes que vous aimez

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Bilirubine
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Re: Poêmes que vous aimez

Message par Bilirubine » dimanche 11 février 2018 12:21

J’ai tant rêvé de toi
Robert DESNOS
Recueil : "À la mystérieuse"

J’ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.
Est-il encore temps d’atteindre ce corps vivant
et de baiser sur cette bouche la naissance
de la voix qui m’est chère ?
J’ai tant rêvé de toi que mes bras habitués en étreignant ton ombre
à se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas
au contour de ton corps, peut-être.
Et que, devant l’apparence réelle de ce qui me hante
et me gouverne depuis des jours et des années
je deviendrais une ombre sans doute,
Ô balances sentimentales.
J’ai tant rêvé de toi qu’il n’est plus temps sans doute que je m’éveille.
Je dors debout, le corps exposé à toutes les apparences de la vie
et de l’amour et toi, la seule qui compte aujourd’hui pour moi,
je pourrais moins toucher ton front et tes lèvres que les premières lèvres
et le premier front venu.
J’ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé, couché avec ton fantôme
qu’il ne me reste plus peut-être, et pourtant,
qu’à être fantôme parmi les fantômes et plus ombre cent fois
que l’ombre qui se promène et se promènera allègrement
sur le cadran solaire de ta vie.

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Ostinato
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Poêmes que vous aimez

Message par Ostinato » dimanche 11 février 2018 21:17

L’Asile
Robert DESNOS
Recueil : "Contrée"

Celui-là que trahit les rages de son ventre
Et que tel pâle éclair de ses nuits a, souvent,
Humilié, s’humilie. Il se soumet, il entre
À l’asile de fous comme on entre au couvent.

Puissé-je rester libre et garder ma raison
Comme un sextant précis à travers les tempêtes,
Lieux d’asile mon cœur, ma tête et ma maison
Et le droit de fixer en face hommes et bêtes.

Vertu tu n’es qu’un mot, mais le seul mot de passe
Qui m’ouvre l’horizon, déchire le décor
Et soumet à mes vœux l’espéré Val-de-Grâce

Où le sage s’éveille, où le héros s’endort.
Que le rêve de l’un et la réalité
De l’autre soient présents bientôt dans la cité.

*****************************************************

Les messagers de la poésie frénétique
René CHAR
Recueil : "Artine"

Les soleils fainéants se nourrissent
de méningite
Ils descendent les fleuves du moyen
âge
Dorment dans les crevasses des
rochers
sur un lit de copeaux et de loupe
Ils ne s’écartent pas de la zone des
tenailles pourries
comme les aérostats de l’enfer.

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Bilirubine
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Message par Bilirubine » dimanche 11 février 2018 21:58

Très beau le poème de Robert :oui:
J'aime beaucoup René Char aussi, ils sont assez proches dans leur forme poétique d'ailleurs non ??
Mon trio de tête ce serait : Robert Desnos, Jacques Prévert et Henri Michaux :ravi:
D'ailleurs je recommande de lire Henri Michaux (le grand) pour les déprimés chroniques, car lui en était un, et il a sublimé son malaise, avec humour, dans ses multiples poèmes-aventures ( par ex. il était plutôt chétif et a entreprit un voyage en Amérique du Sud ... il a relaté son aventure dans un bouquin Ecuador :autop: )

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Ostinato
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Poêmes que vous aimez

Message par Ostinato » dimanche 11 février 2018 22:07

Robert Desnos, Jacques Prévert et Henri Michaux
Ah oui Michaux, avec ses très beaux dessins sous mescaline comme un prolongement de son écriture.

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Bilirubine
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Message par Bilirubine » dimanche 11 février 2018 22:10

Ouais, superbes et complémentaires ses dessins....

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Au Pays de la Magie, I

J'ai vu l'eau qui se retient de couler.
Si l'eau est bien habituée, si c'est votre eau, elle ne se répand pas, quand même la carafe se casserait en quatre morceaux.

Simplement, elle attend qu'on lui en mette une autre.
Elle ne cherche pas à se répandre au-dehors.

Est-ce la forme du
Mage qui agit ?

Oui et non, apparemment non, le
Mage pouvant n'être pas au courant de la rupture de la carafe et du mal que se donne l'eau pour se maintenir sur place.

Mais il ne doit pas faire attendre l'eau pendant trop de temps, car cette attitude lui est inconfortable et pénible à garder et, sans exactement se perdre, elle pourrait
s'étaler pas mal.

Naturellement, il faut que ce soit votre eau et pas une eau d'il y a cinq minutes, une eau qu'on vient précisément de renouveler.
Celle-là s'écoulerait tout de suite.
Qu'est-ce qui la retiendrait ?

L'enfant, l'enfant du chef, l'enfant du malade, l'enfant du laboureur, l'enfant du sot, l'enfant du
Mage, l'enfant naît avec vingt-deux plis.
Il s'agit de les déplier.
La vie de l'homme alors est complète.
Sous cette forme il meurt.
Il ne lui reste aucun pli à défaire.

Rarement un homme meurt sans avoir encore quelques plis à défaire.
Mais c'est arrivé.
Parallèlement à cette opération l'homme forme un noyau.
Les races inférieures, comme la race blanche, voient plus le noyau que le dépli.
Le
Mage voit plutôt le dépli.

Le dépli seul est important.
Le reste n'est qu'épiphénomène.

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Đëiłā
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Message par Đëiłā » dimanche 18 février 2018 23:15

Poèmes de Maurice Carême :love1:


L'enfant

A quoi jouait-il cet enfant ?
Personne n'en sut jamais rien
On le laissait seul dans un coin
Avec un peu de sable blanc

On remarquait bien, certains jours,
Qu'il arquait les bras tels des ailes
Et qu'il regardait loin, très loin,
Comme du sommet d'une tour.

Mais où s'en allait-il ainsi
Alors qu'on le croyait assis ?
Lui-même le sut-il jamais ?

Dès qu'il refermait les paupières,
Il regagnait le grand palais
D'où il voyait toute la mer.


L'artiste

Il voulut peindre une rivière ;
Elle coula hors du tableau.

Il peignit une pie grièche ;
Elle s’envola aussitôt.

Il dessina une dorade ;
D’un bond, elle brisa le cadre.

Il peignit ensuite une étoile ;
Elle mit le feu à la toile.

Alors, il peignit une porte
Au milieu même du tableau.

Elle s’ouvrit sur d’autres portes,
Et il entra dans le château.


Quand les chevaux rentrent très tard

Il arrive que, rentrant tard
Par les longues routes du soir,
Les chevaux tout à coup s'arrêtent,
Et, comme las, baissent la tête.
Dans le charette, le fermier
N'esquisse pas le moindre geste
Pour les contraindre à se presser.
La lune, sur les blés jaunis,
Vient lentement de se lever,
Et l'on entend comme le bruit
D'une eau qui coule dans l'été.
Quand les chevaux rentrent très tard,
Le fermier ne sait pas pourquoi,
Le long des routes infinies,
Il les laisse avidement boire
Aux fontaines bleues de la nuit.

L'or

Il lui offrit un collier d'or.
Elle voulut encor
Des gants, des bas, des souliers d'or,
Des robes et des manteaux d'or.
A la fin, elle eut tout en or :
Sa vaisselle, son lit, ses clés,
Ses tapis et jusqu'à la corde
A pendre son linge aux fils d'or.
Mais dans son corps,
Ne battit plus qu'un coeur en or
Insensible à tout, même à l'or.


Il offrait du coeur

Donc, il offrait du coeur
Avec un tel sourire
Qu'on s'empressait d'ailleurs
En tous lieux de le dire.

On en voulait partout,
Mais on finit pourtant
Par se demander où
Il en trouvait autant.

Et il riait dans l'ombre.
C'était son propre coeur
Vaste comme le monde
Qu'il offrait à la ronde,

Offrait pour un sourire
Qui répondait au sien,
Offrait rien que pour dire
Aux gens : "Portez vous bien"


L'écureuil et la feuille

Un écureuil sur la bruyère
Se lave avec de la lumière,

Une feuille morte descend
Doucement portée par le vent,

Et le vent balance la feuille
Juste au dessus de l'écureuil,

Le vent attend, pour la poser
Légèrement sur la bruyère,

Que l'écureuil soit remonté
Sur le chêne de la clairière,

Où il aime se balancer
Comme une feuille de lumière.


Le chat et le soleil

Le chat ouvrit les yeux,
Le soleil y entra.
Le chat ferma les yeux,
Le soleil y resta.

Voilà pourquoi, le soir,
Quand le chat se réveille,
J'aperçois dans le noir,
Deux morceaux de soleil.


La lune

Ah! Quel dommage!
La lune fond.
Il n'est plus rond
Son gai visage.

Quelle souris
En maraudage,
La prend la nuit,
Pour un fromage?

Elle maigrit
Que c'est pitié:
Plus qu'un quartier
Qui s'amincit...

Mais sans souci
Presque au cercueil
La lune rit
Avec un oeil.
La cool'heure est à l'artiste, ce que l'Art est à celui qui 2-vient...


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