Je n'assume plus ma prise de poids apres l'anorexie

Les troubles du comportement alimentaire.
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rainbow1
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Je n'assume plus ma prise de poids apres l'anorexie

Message par rainbow1 » jeudi 11 janvier 2018 18:11

bonsoir ma belle, je n aurais pas laissé le mois de Janvier passé sans te formuler tous mes meilleurs voeux d amour, de réussite mais surtout une meilleure santé. J e t embrasse bien fort et courage pour ton combat. Bisous tendres :love1: :bisous1:

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Message par Miet » lundi 17 décembre 2018 22:52

Cette boucle est désespérante ...
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Message par Miet » vendredi 04 janvier 2019 10:53

Déjà 4,5kg de perdus, c'est affligeant d'aimer ça après ce que j'ai traversé. Je ne sais pas où je vais.
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Message par Miet » samedi 05 janvier 2019 9:37

+500g hier, plus 100g aujourd'hui. Après le gueuleton de la veille, c'était inespéré. Ça fait que 300g/j c'est pas non plus la cata, mais faudrait que ça redescende quand même. Toujours un IMC à 19. J'aime mon ventre creux le matin, je passe mes mains sur mes hanches et mon bassin. Mais je déteste mes fesses et mes cuisses. Mon chéri me dit de reprendre le sport. Je vais tenter de me remettre à la natation la semaine prochaine. Toujours objectif 58kg, on verra après...

(j'ai bien conscience que c'est totalement inintéressant alors je l'écris ici plutôt que dans mon salon)
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Message par Miet » dimanche 06 janvier 2019 16:24

700g perdu entre hier et aujourd'hui, malgré la raclette. 58,6kg...
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Message par Miet » mercredi 09 janvier 2019 11:47

Back to 59.
Après avoir frôlé les 58 kilos, 2 jours de suite au dessus de 59 alors que je n'ai pas du tout l'impression d'avoir beaucoup mangé, je me suis même plutôt beaucoup privée. Enfin en quantité, mais pas en type de nutriments. J'ai fait plateau de fromages deux soirs de suite, par exemple, et je sais que c'est très calorique. Mais pour l'instant, je n'ai pas fait d'évictions et c'est mieux comme ça, même si c'est plus dur de perdre. Si je me prive d'une catégorie d'aliments, j'entraîne de la frustration, qui entraîne la boulimie, et si ça revient dans ma vie... Je ne sais pas, je peux pas écrire que je me suicide, parce que j'ai trop de gens qui comptent sur moi maintenant, mais ça serait une catastrophe. Franchement, si je repars en crises, je crois que je demande une hospit direct pour me sevrer. Trop de souffrances.

L'anorexie me rend toute puissante, la boulimie m'écrase. Et je manque déjà suffisamment d'estime de moi pour ne pas la flinguer complètement par des crises.
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Message par Miet » jeudi 17 janvier 2019 23:13

Première crise d'hyperphagie ce soir au repas, encore sur un plateau de fromage, j'ai des relents de vin rouge et de chèvre, c'est à vomir. Je suis très déçue de moi. Contre coup de la séance avec la psychologue ? Je ne sais pas, juste un besoin de me remplir peut être. Je suis vraiment déçue. Je sais que je vais le payer sur la balance demain, et que je vais me le faire payer sur les repas suivants. C'est triste. Je suis triste. J'avais passé une si bonne journée, pourquoi je ne m'accorde pas le droit au bonheur ?
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Message par chak » vendredi 18 janvier 2019 3:24

miet, pardonnes mon ignorance, mais que ressens-tu lorsque tu manges ?
cette raclette par exemple, quand tu la manges, tu penses à quoi, quelles sont les images que tu as ?
je sais que tu as essayé différentes alimentations, il me semble que tu es passée de végétalienne à végétarienne (que tu es toujours n'est-ce pas ?).
je voudrais savoir, aimes-tu les aliments ?
dans ce sens, quand tu les achètes, quand tu les cuisines, aimes-tu faire ça, les choisir, les mettre ensemble, les coordonner ?
y a-t-il un soucis avec eux déjà ?
je sais que le problèmes est complexe et s'étend à tout à fait autre chose, mais récemment, onagre disait qu'elle allait prendre du temps pour "aimer" les aliments en quelque sorte, est-ce que ça te parle à toi aussi ?
crois-tu qu'un rythme alimentaire pourrait aider ?
pas un rythme imposé par l'extérieur, mais un rythme que tu t'inventerais en fonction de tes besoins du moment et de ce que ça apporte de bien à la santé.
peut-être en jouant sur les formes, les couleurs, les goûts… peu importe. en prenant du temps pour créer des plats jolis ou rigolos.

je pense à ça parce que je suis très gourmande et amoureuse de la cuisine.
j'ai aussi des problèmes de poids (d'autant plus que mes deux parents sont obèses et que ça m'omnibule… je me pèse aussi tous les jours… bien que je sois stable depuis des années), mais je n'ai jamais été anorexique ou boulimique.
je crois que mon amour pour la cuisine est plus fort que mon côté "poids" ou apparence (qui est surtout mental en ce qui me concerne, mais qui est bien là pourtant).
et je me demande, sans aller jusque là (l'amour de la cuisine), si en "jouant" avec ce matériaux (les aliments, les recettes, la cuisine), il serait envisageable que ça puisse t'aider ?
il me semble que tu as déjà expérimenté ça et que tu cuisines d'ailleurs.

voilà, je me demandais… je sais pas si c'est super clair ce que j'ai voulu dire… :pense:

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Message par Miet » vendredi 18 janvier 2019 11:29

C'est vraiment pas évident de te répondre, tant je suis passée par des phases différentes concernant mon rapport à l'alimentation.
Quand j'étais anorexique mais à une période où je le vivais pas trop mal, disons sans boulimie associée et avec un poids stable à 16 d'IMC sans effort particulier pour maintenir ce poids (48 kg), j'avais un rapport à la nourriture que je regrette un peu, je suis très nostalgique de ces quelques mois. Pour être encore plus excate, c'est à cause de cette période que j'ai la nostalgie de l'anorexie.

Bon, c'était obsessionnel, je ne pensais qu'à ça, je rêvais de nourriture, je passais mon temps à lire des recettes ou à cuisiner, et j'adorais ça, je faisais une nouvelle recette à chaque repas, je passais 2h en cuisine pour chaque préparation, ça me permettait de dompter la faim en fait.

Sinon j'ai aussi des périodes plus compliquées, surtout à cause de la boulimie, où je ne cuisinais pas du tout et je me contentais de nourriture toute faite, pourquoi s'embêter à cuisiner quand on sait que ça va partir tout de suite dans la cuvette et que ça va se répéter 3 ou 4 fois dans la journée ?

En ce moment, j'ai du mal à cuisiner. Le matin, je ne déjeune plus (j'aimais bien ça quand je bossais, mais là je n'en vois pas l'utilité), le midi je vais au plus rapide (une assiette de pâtes, de semoule, ou un sandwich le plus souvent, parfois je ne mange pas non plus), et le soir c'est soit soupe maison qui nous dure deux ou trois soirs, soit plateau de fromages avec du vin, parce que ce sont des plaisirs qui s'arrêteront dans 10 jours avec le début de la PMA. Ça fait bien longtemps qu'on ne cuisine plus, depuis mi décembre je dirais. Par fatigue, flemme le plus souvent, et mon rapport aux aliments est compliqué à nouveau.

Comme je mange très peu, je n'ai pas le courage de cuisiner. Je mange de tout, ce qui n'a pas toujours été le cas, dans les périodes les plus restrictives, il ne restait que les féculents sans graisse mais seulement le midi, les légumes, pas trop les fruits à cause du sucre, les protéines végétales et... C'est à peu près tout. Pas d'oeufs, de viande, de poisson, de produits laitiers, pas de lipides, peu de féculent, pas de sucre. Mais je perdais 500g par semaine. Je devais prendre des compléments alimentaires le soir au coucher pour éviter les hypoglycémies nocturnes (j'en avais quand même parfois), puis j'ai été sondée de nombreux mois.

Mais bon, pour te dire à quel point c'est biaisé tout ça, alors que j'avais l'impression de m'être fait exploser le bide hier soir, j'ai été réveillée à 8h30 par la faim et la pesée du jour affiche moins 1,1kg par rapport à hier... :newblush: Je ne sais déjà plus ce qui est une quantité normale. Je n'ai pas mangé de pain avec le fromage, donc même si c'était gras, ce n'était pas nutritif. Et j'avais passé une journée fatigante avec la séance psy. Donc là je suis à mon poids cible de 58kg. J'ai perdu 5,5kg depuis début décembre. Et je ne sais pas quelle suite y donner...
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Message par Miet » dimanche 24 mars 2019 11:50

Je n'arrive plus à perdre de poids. Je n'arrive plus à me restreindre comme avant, quand c'était si facile, quand je domptais la faim avec du café toute la journée, que j'aimais me sentir vide. Je mange normalement, parfois même un peu trop, mais je ne grossis pas. Juste, je ne perds plus de poids.

Je ne sais plus trop ce que je veux. La PMA prend beaucoup de place dans ma vie, et m'empêche de complètement replonger, je garde en tête l'espoir de tomber enceinte, malgré les déceptions successives.

Mais parfois, j'ai envie de tout envoyer valser pour me consacrer pleinement à l'anorexie. Parce qu'elle efface tout le reste, les doutes, les questions existentielles, elle m'anesthésie, et j'aime ça, je recherche ça, ces sensations.

Je lutte depuis plusieurs jours contre des envies de boulimie. Pourtant je ne suis pas en restriction, ni en éviction alimentaire. J'ai juste envie de me remplir, de manger sans fin, et de tout dégueuler pour oublier. Je me retenais par peur de faire du mal au fœtus, mais le test de grossesse négatif vient relancer cette envie de crise.

J'ai fait des courses à crise. Pour l'instant je n'y ai pas touché. Mais ça m'obsède. J'y pense tout le temps, manger jusqu'à la douleur, puis tout rendre et tout oublier. Même un repas normal, je lutte pour ne pas aller le vomir. Ça me fait peur.

Pour l'instant je tiens bon. Mais cette dualité m'épuise. Encore une fois sur un fil. Je pense à tout ce que j'ai à perdre dans l'anorexie, je veux dire pas du poids, mais de la qualité de vie. Tout ce qui me raccroche à la vie, en fait, mon chéri, le projet que nous avons, l'avenir. Mais parfois, ça ne suffit pas. Le besoin de me faire du mal grandit. Le besoin de me saboter. De retourner en arrière, dans un système que je connais et qui me rassure.

Je souffre de cette indécision : avancer vers la vie, ou retourner vers la mort. Ça me torture. Et je n'arrive (n'arrivais) pas à en parler. Ça me fait du bien de l'écrire, je n'arrivais pas à le "concientiser" jusque là. Mais de là à en parler à la psy...

Je voudrais ne le dire à personne, vomir en cachette, perdre du poids discrètement, ne pas me laisser aider. Sombrer.

L'insémination est dure à vivre. Je voudrais tout laisser tomber. Je ne suis plus sûre de vouloir un enfant, d'être capable de m'en occuper, parce que je veux encore un peu rester enfant moi-même, je ne veux pas être projetée dans la vie, dans ces responsabilités d'adulte. Je veux rester malade. Dans cet entre deux. Ni la vie, ni la mort, juste la maladie.

Je dois faire la prise de sang lundi, si c'est négatif, comme le test urinaire, je crois que je vais abdiquer. Plus rien ne me retiendra. Je ne sais pas. C'est dur, cette torture mentale, cette lutte intérieure. Je serais soulagée de prendre une décision, dans un sens ou dans l'autre. Pour l'instant, c'est l'anorexie qui gagne. Ce retrait de la vie. Si je plonge, je perds tout. Mais malgré ça, je n'arrive pas à me raisonner. J'ai peur de moi, de mes pensées.

Je ne sais pas si je poste, j'ai tellement honte... Je n'ai pas envie d'être éloignée de mon chemin. Pas envie de lire des arguments rationnels. C'est pour ça que je n'arrive pas à en parler à la psy, je ne veux pas qu'elle m'aide. Pas encore. Plus tard, quand ça sera trop tard.

J'ai mal.
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Message par Miet » mardi 26 mars 2019 16:45

J'ai retrouvé mes vieilles habitudes. C'était si facile... Comme un vieux refrain qui tournait dans ma tête depuis plusieurs jours et que j'ai fredonné à voix haute finalement, au dessus de la cuvette. Une toute petite crise, même pas 30 minutes de bouffe, de plaisir intense. Je suis une junkie, j'ai enfin eu ma dose. J'ai le ventre explosé, mais quel apaisement quel calme je ressens, les yeux rouge allongée sur le dos, les restes de la crise pas encore rangés, le goût du café brûlant sur ma langue. C'était tellement bon, d'enfin céder à ces pulsions destructrices. J'ai déjà envie de m'en reprendre une petite dose, un shoot de plaisir pur...

Le dégoût de moi ne m'a pas encore rattrapé, j'en profite...

Malheureusement, ma conclusion de tout ça : c'était tellement bon... à refaire... encore et encore...
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Message par Miet » lundi 27 mai 2019 9:38

Évolution du poids pendant l'hospitalisation :
57 kg
56,7
56,4
56,5
56,5
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Message par Miet » mardi 28 mai 2019 21:04

L'hospitalisation se termine. Deux semaines. Inutiles.

J'ai enfin vu la médecin nutritionniste, elle est très bien, je regrette qu'elle n'ait pas été plus disponible pour moi, hasard du calendrier, j'ai la poisse c'est tout...

Je lui ai dit que j'avais encore des pulsions de crises même si le cadre hospitalier m'avait permis de ne pas passer à l'acte, mais que je n'étais pas sûre que ça se maintienne à la sortie.

Elle l'avait déjà évoqué à l'entrée, mais elle m'a parlé d'alimentation entérale exclusive pour casser l'envie de crise. J'ai déjà eu ce protocole à domicile, et je l'ai trouvé très dur. Mais finalement il y a une part de moi qui regrette que ça n'ait pas été mis en place ici.

Je ne me trouvais pas malade, puisque je n'avais pas de soins. Je l'ai écris dans mon carnet, que le fait d'avoir ni sonde ni perf dans un environnement hospitalier me donnait l'impression de prendre la place de quelqu'un. Au moins avec la sonde, il y aurait eu quelque chose à soigner, c'est comme ça que je le vis...

Elle m'a donné son numéro direct et me revoit en consultation mercredi prochain. M'a dit de ne pas hésiter à l'appeler si je faisais une crise. Qu'une réhospitalisation n'était pas exclue avec ce protocole. Mon chéri est fondamentalement contre la sonde, même s'il reconnaît qu'elle m'a sauvé la vie quand je ne pesais plus rien, mais qu'on en est pas là et qu'il ne veut pas la revoir à la maison, il a été clair là dessus.

Moi je ne sais pas quoi en penser. Je n'aime pas ça non plus, déjà c'est douloureux ce tuyau, en plus à domicile j'avais des sondes pédiatriques et ici elles sont énormes, et c'est très dur d'avoir le goût du rien dans la bouche, de ne faire passer aucun aliment par la bouche pendant plusieurs jours voire semaines. Oui, c'est vraiment un protocole horrible à vivre. Mais ça marche... Enfin, oui et non, puisque ça n'empêche pas les rechutes, mais ça lave de la pulsion.

Et surtout, c'est transformer ma souffrance psychique en un problème physique, qui se voit, dont on prend soin. C'est toujours comme ça que j'ai vécu la sonde. Je devrais pas, sans doute, et de ça aussi j'ai honte (ma vie n'est que honte de toute façon, je suis terrorisée par ce que les gens pensent de moi, alors j'anticipe tout et je me noie dans la honte). La sonde est une alliée. Elle m'enquiquine aussi, elle est dure à vivre, je me suis battue pour l'arracher, j'ai triché des dizaines de fois, et je ne supporte pas qu'elle me fasse prendre du poids. Mais elle se voit...

Je vais lutter contre les crises à partir de demain, le combat recommence. Mais si je perds... Rhhoo je ne sais pas quoi en penser, je veux et je redoute. Il faudra me convaincre et convaincre mon chéri, surtout... Ma mère n'en parlons pas. Je ne lui dirai même pas.

Bref, l'impression que cette hospitalisation a été du gâchis, une perte de temps, et que tout est à refaire...
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Message par elhamedhak » mercredi 03 juillet 2019 10:24

Courage :box: :box:

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Message par Miet » vendredi 24 avril 2020 15:11

Comme beaucoup de fois avant, je regarde compulsivement les quelques photos que j'ai de ma période grave de l'anorexie, où j'étais à 14 d'IMC. Je les regarde avec beaucoup de nostalgie. J'ai conscience que je ne garde que les bons souvenirs, mémoire sélective, et j'ai conscience aussi que cette période est révolue et que plus jamais je ne vivrai ça. Ca devrait me rassurer, mais ça m'attriste. Je crois que je ne me déferai jamais complètement de cette nostalgie...

J'essaie aussi de me souvenir des mauvais côtés : la faiblesse, les vertiges, le froid, la faim aussi parce que même si au bout d'un moment je la domptais suffisamment pour ne plus y céder, elle ne disparaissait pas complètement, les crises de boulimie horribles pour l'estime de soi, les dilemmes insupportables du "que vais-je pouvoir m'autoriser à manger", la sonde, les hospitalisations longues et marquantes, la douleur incommensurable de la reprise de poids, douleur physique de l'estomac rétréci et de l'intestin flemmard, la douleur psychique, torture même, ce combat contre soi-même pour remanger et la culpabilité qui gronde après chaque repas, la douleur de voir son corps changer alors que l'on ne l'acceptait déjà pas maigre, maigreur que l'on ne voit pas d'ailleurs ... La liste est longue ...

MAIS ... Ca m'apportait tellement aussi. Un sentiment de maîtrise absolu, une joie immense en montant sur la balance et en constatant que le poids diminue, d'ailleurs sans être rattaché à quoi que ce soit (je me souviens me tromper de dizaine tellement c'était devenu abstrait, juste des chiffres détachés de tout, du corps), ce corps amaigri qui faisait ma fierté, parce que je ne m'apercevais pas que je n'étais que cadavre, et l'attention qu'on récolte aussi, c'est vrai, l'inquiétude du corps médical, des proches aussi même si ça je ne maitrisais pas et que je regrette de les avoir fait souffrir, mais qu'on me témoignait assez peu finalement, ma famille étant loin et ne me voyant que rarement ... Le sport qui était facile, toujours motivée, jamais fatiguée - non c'est pas vrai Miet, tu étais épuisée tout le temps, et puis tu dormais si mal la nuit avec des réveils à 5h du matin, tourmentée par la faim ...

Je ne me souviens pas de mon corps maigre. Ca me manque. L'impression que j'aurais pu aller plus loin encore. J'aurais voulu passer la barre des 40 kg, ça m'aurait amené sous les 13 d'IMC. Mais qu'est-ce que ça aurait changé en fait, personne ne m'aurait accordé la médaille de l'anorexique parfaite.

L'hôpital me manque aussi. C'est assez culpabilisant comme pensée, parce que la plupart des hospit se sont très mal passées, avec des atteintes à mon intégrité, des abus graves. Mais ça mis à part, si c'est possible, je me sens bien à l'hôpital. Ou peut-être que ça aussi c'est une vue de l'esprit. Quand je suis à l'hôpital, j'ai l'impression d'exister. Je peux être moi-même. Je n'ai pas de limite. Je suis à l'abri du regard des autres. Je me sens spéciale. Ma vie me semble fade depuis que je suis guérie. Je dois être folle ...

J'ai envie d'être malade à nouveau. Et tout ce que je peux faire pour l'être à nouveau, c'est l'anorexie. Je ne crois plus savoir faire. Et puis c'est renoncer à la vie que je me suis reconstruite, à celle qui reste à vivre. Ca me retient. Ce sont juste des pensées. Je suis malade en pensées. Puisque je n'arrive pas à perdre du poids. Puisque peut-être je ne le souhaite pas complètement.

J'ai dit ailleurs être prête à renoncer à la maternité, parce que j'en chie en PMA depuis deux ans. C'est aussi avoir le permis de bousiller ma vie. D'en faire ce que je veux, pour moi et pour personne d'autre. Mon chéri, j'y pense, bien sur qu'il serait triste si je mourrais, ou si j'étais dans un entre deux, malade à en crever. Ca me retient ça aussi, évidemment. Mais pas autant que si j'avais un ou des enfants à charge.

L'anorexie me manque ...
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Je n'assume plus ma prise de poids apres l'anorexie

Message par decibella » dimanche 26 avril 2020 3:43

Coucou @Miet :love1:

Je suis désolée de voir que ton passé te torture ainsi :sad:
Tu es nostalgique de ta période la plus grave d'anorexie. Ok :console:
C'est compréhensible, tu nous donnes plein d'indices pour comprendre comment tu en viens à dire : "L'anorexie me manque ...'

Déjà tu dis cette période est révolue, donc quelque-part tu dois en faire le deuil, tu le sais au fond de toi, mais tu n'y arrives pas :timide:
Faire le deuil, c'est abandonner, renoncer, lâcher-prise, autrement dit, ça demande du temps et de la force intérieure, c'est déjà un sacré challenge :enrond:
Arrête-moi si je me trompe, j'essaie de me mettre à ta place, je peux me gourrer bien sûr :wink2:

Tu dis que tu ne te déferas jamais de cette nostalgie, peut-être que tu as raison :bloque: La nostalgie est complexe car comme tu le dis si bien elle nous réconforte car on idéalise ce passé donc on y repense avec un certain plaisir même s'il est révolu :pense:
Je ne sais pas si cette nostalgie et ce deuil sont nécessaires, mais je trouve très sain que tu accueilles et exprimes les choses comme tu le fais :autop:

Quand tu analyses le positif de cette période, tu abordes les kilos qui s'envolent comme un sentiment de maîtrise absolu, une énergie étonnante et l'attention qu'on te portait.
C'est hyper important tout ça :autop: C'est comme ça que tu peux avancer car ce versant positif, tu peux le retrouver autrement qu'en passant par une torture pour toi et ton entourage.
La vie te réserve plein de belles choses et je suis sûre que tu trouveras des stratégies constructives pour retrouver ces trois aspects.
A toi de jouer j'ai envie de dire :love1:
Si je peux me permettre, je pense que l'attention que l'on recherche tant chez l'autre vient de notre autonégligence. En s'aimant et en prenant soin de soi, on se détache du besoin d'attirer cette attention qui nous manque cruellement car on ne se l'accorde pas du tout. Alors, j'dis pas que c'est simple, mais petit à petit, l'oiseau fait son nid :palpi:

Je m'interroge car depuis peu je fais des jeûnes courts (pas plus de 24h) et c'est vrai que cela procure beaucoup d'énergie, alors bien évidemment, je n'ai aucune idée de la dangerosité pour toi d'une telle pratique parce que je n'ai pas un passé si douloureux avec la nourriture, mais je serai curieuse de savoir :wink2:

Et si je viens de dire une monstruosité, désolée d'avance :ohnon:
Quand je suis à l'hôpital, j'ai l'impression d'exister. Je peux être moi-même. Je n'ai pas de limite. Je suis à l'abri du regard des autres. Je me sens spéciale. Ma vie me semble fade depuis que je suis guérie. Je dois être folle ...
Je n'ai pas l'impression que tu sois folle. C'est un cocon l'hôpital quelque-part, où tu es prise en charge, soignée, hors du temps et des contraintes du quotidien, tout ça me semble très cohérent. Maintenant, sache que tu es spéciale quoiqu'il en soit, que tu peux être toi-même aussi en dehors de l'hôpital à condition de rester polie :rire2: , que tu peux t'aménager dans ton quotidien un cocon pour te sentir aussi protégée et libre tout en étant dans ta zone de confort. Je pense qu'à l'hôpital là maintenant tout de suite c'est un peu la loose, tu veux pas plutôt rester tranquille avec ton chéri à la maison :smile2: ?
Je rigole hein, c'est pas méchant, je veux juste t'aider :coeur5: même si je sais que je peux être maladroite :ohnon:

Bien sûr que tout ce que tu as construit vaut le coup, j'imagine que la PMA doit être éprouvante, en tout cas, maman ou pas, tu mérites de te sentir vivante à nouveau & d'être en paix avec toi-même.

J'ai vu que tu avais un projet d'écriture au fil de mon "rattrapage" de forum, c'est super :autop: Chapeau !
Tu écris bien et on sent que ça te libère donc pour ça, je suis heureuse pour toi :smile: ))))

Je te souhaite des pensées de plus en plus lumineuses

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Miet
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Je n'assume plus ma prise de poids apres l'anorexie

Message par Miet » jeudi 07 mai 2020 14:02

@decibella Je suis désolée, je n'arrive pas à te répondre ...

Voici un extrait de mon récit d'hospitalisation que j'ai fini d'écrire hier. C'était en 2012. C'est un peu long. Il s'agit de mon troisième passage en isolement, l'avant dernier, le pire.


Je m’apprête à vivre le pire moment de l’hospitalisation pour moi. Six jours d’isolement stricte, c’est-à-dire sans aucun temps de sortie dans l’unité.

Troisième passage en isolement, premier jour. Aucune alimentation ni hydratation le midi, je reste assise devant le plateau repas avec une couverture sur le dos.

Je refuse de poser la sonde à quinze heures. Je refuse de manger la demie compote enrichie à seize heures. La psychiatre revient me voir dans la CSI, elle reste inflexible malgré mes demandes de sortir de l’isolement, d’arrêter la sonde. Je finis par accepter leur chantage débile : si je pose la sonde, on me laissera fumer une cigarette dans les sanitaires de la chambre d’isolement. J’apprends que la sonde sera désormais passée sur six heures à un débit de 85ml/h, sous contention.

Je trouve ça horrible, je leur dis que je ne vais pas le supporter. Je suis décidée à ne pas me laisser faire. Malgré les contentions, j’arrive à retirer la sonde de mon nez en m’aidant du bord du « lit », cette planche vissée au sol. Un peu de liquide infâme coule dans ma bouche. Au passage suivant, les soignants s’énervent. Je repose la sonde. Cette fois, dès leur départ, j’enlève directement ma main de la contention, c’est douloureux, mais mon poignet est si fin … J’arrache à nouveau la sonde.

Au passage soignant suivant, je redemande de fumer contre la pose de la sonde. On me donne ma blague à tabac, dans laquelle j’ai glissée une tête de weed, je commence à me rouler un stick, assise dans la salle de bain, plutôt discrètement. Mais je me fais repérer à l’odeur, les infirmiers sont outrés. Moi, je dois dire que je suis plutôt fière d’avoir pu fumer un joint en chambre d’isolement ! Ça restera dans les annales ! On me confisque bien-sûr le paquet de tabac, qui sera détruit, avec rapport à la cadre. Je m’en moque, seulement je n’ai plus de tabac pour les prochains jours… Je retourne dans la chambre d’isolement pour reprendre le passage de la poche de calories. Les infirmiers réinstallent les contentions et s’en vont. A nouveau, je sors mon poignet de la contention et enlève la sonde. L’infirmière, celle que je n’aime pas, me dit « mais enfin, vous voulez vous retrouver en réa ? », oh si elle savait comme je rêve de quitter l’hôpital psychiatrique pour me retrouver au CHU, je n’attends que ça, que mon corps lâche, que mon état physique se détériore, que ça soit « grave »…

A vingt-trois heures, l’infirmier de nuit me menace de me poser la sonde de force, et ça je n’y tiens vraiment pas, j’ai trop peur de souffrir, déjà que quand je la pose moi-même, ça n’est pas très agréable, mais au moins ça ne me fait pas mal. Donc j’accepte de reposer la sonde, et je finis par me calmer. Ce « petit jeu » aura donc duré tout l’après-midi et une grande partie de la soirée. La poche passe de vingt-trois heures à cinq heures quarante-cinq. Environ douze heures de contentions…Je ne dors presque pas cette nuit-là.


Deuxième jour d’isolement. Je mange une demie biscotte avec un café. Je ne supporte pas l’isolement strict, je souffre de la solitude. Je les supplie de me laisser sortir. Est noté dans mon dossier « diminution des forces physiques, étourdissements lors du lever ». A midi, seulement un morceau de pain et un peu de compote. A quinze heures, l’infirmière installe la pompe, et c’est reparti pour six heures … Je n’arrive plus à manger à côté. Je survis donc avec ces cinq cents calories de la poche. La sonde est ôtée à vingt-deux heures trente. Ce fut un calvaire, attachée sur le lit toute la journée …


Troisième jour, quelques biscottes avec du miel et un café. Je supplie à nouveau qu’on me laisse sortir, c’est vraiment dur. Surtout que je ne comprends pas vraiment pourquoi je suis là, pourquoi c’est si strict. En plus, j’ai appris que ma psychiatre avait échangé avec mon diététicien, et qu’il était prévu que soient passées deux poches de sept-cent-cinquante calories dans la journée, et une de cinq-cents calories la nuit. Cette idée m’est tout bonnement insupportable. Je vois rapidement l’autre psychiatre de l’unité, il accepte que la sonde soit passée sans contention, et me permet à nouveau d’avoir accès à des livres, mon téléphone, et mes écouteurs. Il n’est toujours pas question de temps de sortie, encore moins de retour dans l’unité. J’essaie d’augmenter mes portions pour espérer sortir, mais c’est tellement infime : à midi, une tranche de pain, quelques cuillères de riz, et la barquette de compote enrichie entière. On m’installe pour le passage de la sonde, j’arrive à négocier un passage à 90ml/h au lieu de 85, je grapille une vingtaine de minutes … Le passage de la poche se termine à vingt-deux heures.


Quatrième jour, au petit-déjeuner, deux tartines de miel et deux quarts de pomme. Pesée du jour, 44,5kg, IMC à 14,6, tension à 10/6. J’ai à nouveau des vertiges en me levant. A quatorze heures trente, l’infirmière vient m’installer pour le passage de la sonde, c’est une poche avec fibres, donc comme je le redoutais, sept-cent-cinquante calories. Ça peut paraître bête, insignifiant, mais pour moi c’est une routine qui change, et ces deux-cent-cinquante calories supplémentaires sont insupportables. Surtout que je me sens prise au piège. Rien ne pourra empêcher ces calories de rentrer en moi. Je ne m’alimente presque pas pendant les repas, c’est vraiment très compliqué de gérer mes rations alimentaires avec en plus ces calories de la poche, je ne sais pas du tout où j’en suis, je sais juste que je n’arrive pas à manger. A seize heures, je bois seulement un café. Au dîner, quelques carottes râpées, du pain et un peu de compote enrichie. J’enlève la sonde à vingt heures, je suis dans un état de détresse immense, que les soignants ont du mal à mesurer, que j’ai peut-être du mal à leur expliquer. J’ai l’impression qu’on me déverse du gras dans le corps, que je vais enfler, je me sens ignoble, je supplie sans cesse pour que ce traitement cesse enfin, je me sens prisonnière et c’est insupportable. Je me souviens clairement leur avoir dit que j’étais en train de péter les plombs.


Cinquième jour d’isolement. Je prends mon petit déjeuner en entier, trois tartines de pain, un bol de café, une poire. Je n’arrive pas à prendre la collation de dix heures, ni à manger à midi. La sonde est posée à quatorze heures trente, sept-cent-cinquante calories à nouveau. J’interpelle les infirmières, j’appelle à l’aide, je leur explique à quel point c’est invivable pour moi, et que je ne vais pas arriver à passer la poche en entier. Elles me répondent seulement que si j’arrête la pompe, elles seraient obligées de me mettre les contentions. Le piège se referme, je ne vois pas de solution. Elles quittent la chambre, fermée à double tour. Je suis seule, sur le lit, avec le rehausseur derrière le matelas pour permettre la position semi-assise afin d’éviter les risques de fausse route et de remontée gastrique. Je regarde autour de moi, je suis folle d’angoisses, je me lève et fais le tour de la pièce avec ma potence.

Soudain j’ai une idée. La porte qui donne vers le bureau du psychiatre possède un judas en verre. Je saisis le rehausseur et vient l’exploser contre la porte, ça marche du premier coup, les bris de verre tombent au sol. J’attends un peu de peur qu’on m’ait entendu, rien. Je ramasse le verre, que je mets dans la poche de mon pyjama. J’en saisis un morceau, et je crève la poche dans un mouvement de rage. Le contenu se déverse sur le sol. Je donne un grand coup de rehausseur sur la nutripompe pour la casser, enfin je vais être libre, songe-je, une fois cet instrument de torture détruit... Mais ce n’est pas suffisant. Ma liberté, je vais aller la chercher moi-même. Je m’assois à même le sol, dans un coin de la chambre, je voudrais me cacher, mais le hublot de la porte du sas permet de voir la chambre dans son entier. Tant pis. Je saisis un morceau de verre dans la poche de mon pyjama, et j’essaie de me couper les veines du poignet gauche. Je passe et repasse dans le même sillon. Je n’ai pas le temps d’aller plus loin, les infirmières viennent faire leur ronde, et découvre le décor de mon carnage. Une infirmière m’entraine dans l’unité, direction l’infirmerie, pendant que l’autre nettoie et sécurise la chambre d’isolement. Je suis enfin sortie de cette maudite chambre ! L’infirmière qui est avec moi examine ma plaie et prends mes constantes.

La plaie est propre, mais nécessite des points de suture, une fois le saignement stoppé. L’infirmière me raccompagne vers la chambre d’isolement. Je suis prise de panique, de rage, à l’idée de retourner dans cet enfer. Je me débats, m’accroche à l’encadrement de la porte du sas, je n’y retournerai pas. Elles se mettent à deux pour me faire lâcher, mais je me débats. L’infirmière s’énerve, et me regarde, las, en me signifiant que je ne lui laisse pas le choix. Elle saisit le cordon de son PTI (protection du travailleur isolé, un boitier qui donne l’alerte en cas de problème, soit parce qu’il est à l’horizontale, soit lorsque son cordon est tiré) et en moins de cinq minutes, alors que je me débats toujours, une dizaine de gros bras surgissent dans le service. Ils me saisissent pour m’introduire à nouveau dans la chambre d’isolement, je crie, tente de mordre les doigts qui m’agrippent. La rage, le désespoir, décuplent mes forces. Les gros bras m’allongent sur le lit, pendant que d’autres tentent de me mettre les contentions. Je gesticule pour les empêcher de les installer, mais ils sont nombreux et plus déterminés que moi.

J’abdique, on m’enserre sur ce sommier en bois. Dans ce genre de situation, ils ont l’habitude de pratiquer une injection pour shooter le patient, ou bien lui permettre de vivre la contention dans les meilleures conditions, c’est selon le point de vue. Dans mon cas, il n’y a pas d’injection prescrite en « si besoin », on me donne donc simplement un comprimé de 5mg de tranxène, et 25 gouttes de tercian, les premières de ma vie (j’y deviendrai accro plus tard). Ils appellent un interne de garde (c’est le weekend) pour suturer ma plaie. Deux petits points, sans anesthésie. Je ne sens de toute façon plus rien. Je reste seule dans cette chambre quelques instants, je suis triste. Puis vient l’heure du repas, on me démaintient les mains. Je ne sais pas quoi manger, ne sais pas quelle quantité de calories est passée dans la sonde, j’ai peur de faire une hypoglycémie nocturne et qu’on ne puisse pas me venir en aide puisque je ne pourrais pas cogner à la porte. Finalement, je mange des petits pois, quelques grains de riz, quelques cuillères de compote enrichie. Le repas aura duré quarante-cinq minutes … Le soignant de nuit me redonne 25 gouttes de tercian et un imovane.


Sixième jour d’isolement. Je suis très sédatée au réveil, petite tension à 10/6. Je vois la psychiatre, elle fait cesser l’isolement. Je trouve qu’elle a réagis intelligemment, d’autres psychiatres auraient peut-être même durci les conditions de « détention », elle a su voir que cette chambre m’empoisonnait l’esprit. Il n’y a cependant pas de chambre disponible dans l’unité, je reste donc en « CSI ouverte », comme une chambre standard autorisant les va et viens dans l’unité. La sonde est arrêtée, il n’y en a plus de disponible dans l’hôpital, et j’ai cassé la mienne, je suis soulagée. On me prescrit des demies portions aux repas. Mon compagnon me rend visite, on descend fumer une cigarette, le voir, et sentir l’air dans mes cheveux, me font du bien. Je suis pourtant très affaiblie, j’ai des vertiges, tension à 10/5. Dans la nuit, vers trois heures du matin, on me transfère dans une chambre à deux, j’échange ma place avec une patiente en crise qui a besoin de la CSI.
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Message par decibella » vendredi 08 mai 2020 9:53

@Miet je n'ai pas besoin de réponses :wink2:

Je voulais juste essayer de te comprendre et de te soutenir :fleur:

J'ai lu ton extrait de récit, c'est bien écrit & ce processus d'écriture ne peut que te libérer !

Bravo pour tout le chemin que tu as parcouru :autop:

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Message par Miet » mardi 19 mai 2020 12:38

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Polish_20200518_181234765.jpg (50.35 Kio) Vu 248 fois
Je poste ça là, photo de moi légèrement floutée, quand j'étais dans cette foutue chambre d'isolement, je devais peser 44kg, avec la sonde imposée ... Triste regard pour une triste période ...
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Message par Miet » mardi 19 mai 2020 13:06

Une autre photo, le jour où je me suis rendue compte de ma maigreur, en débardeur, à l'hôpital dans une chambre seule, devant mon miroir. Le choc... J'essaie de sourire sur la photo, ça n'est pas très réussi. Tant de noirceur en moi ces jours-là...
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