Poêmes que vous aimez

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jessie
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Poêmes que vous aimez

Message par jessie » mercredi 08 septembre 2010 9:40

La nuit n'est jamais complète

La nuit n'est jamais complète
Il y a toujours puisque je le dis,
Puisque je l'affirme,
Au bout du chagrin,
une fenêtre ouverte, une fenêtre éclairée.

Il y a toujours un rêve qui veille,
désir à combler, faim à satisfaire,
un coeur généreux,
une main tendue,
une main ouverte,
des yeux attentifs,
une vie :
la vie à se partager

Paul Eluard
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Havisham
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Re: Poêmes que vous aimez

Message par Havisham » mercredi 08 septembre 2010 10:27

Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie.

Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie ;
J'ai chaud extrême en endurant froidure :
La vie m'est et trop molle et trop dure.
J'ai grands ennuis entremêlés de joie.

Tout à un coup je ris et je larmoie,
Et en plaisir maint grief tourment j'endure ;
Mon bien s'en va, et à jamais il dure ;
Tout en un coup je sèche et je verdoie.

Ainsi Amour inconstamment me mène ;
Et, quand je pense avoir plus de douleur,
Sans y penser je me trouve hors de peine.

Puis, quand je crois ma joie être certaine,
Et être au haut de mon désiré heur,
Il me remet en mon premier malheur.

Louise Labé.
"It is awfully easy to be hardboiled about everything in the daytime, but at night is another thing."
Ernest Hemingway, Fiesta: The Sun Also Rises.

julien
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Re: Poêmes que vous aimez

Message par julien » vendredi 17 septembre 2010 13:40

le goéland

Tant de temps que je glisse entre mer et nuages,
Que mon œil à l'affût s'inquiète du rivage
Où mon grand corps d'oiseau pourra trouver repos .
Je suis las de braver la tempête et les flots.
Juste une île, une plage au doux parfum de femme,
Une main qui caresse et mon corps et mon âme!

Que mon vol incessant puisse ici prendre fin !
Je suis si fatigué de la baie de Baffin,
De tous les vains caps Horn, de la Bonne espérance
Et des terres de feu où flamboie mon errance.
Je voudrais une amie aux doux rêves de mouette.
J'aimerais que son chant me rappelle l'alouette.

Ensemble nous irons conjurer les orages,
Notre vol éternel nous délivrant de l'âge
Qui destine à la mort les oiseaux insouciants.
Ensemble nous rirons des fleuves impatients
Dont les sources murmurent promesses d'estuaire.
Du rêve de l'aimer je tisserai mon suaire.

Baudelaire
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jessie
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Re: Poêmes que vous aimez

Message par jessie » jeudi 14 octobre 2010 14:30

Tristesse

J'ai perdu ma force et ma vie,
Et mes amis et ma gaieté;
J'ai perdu jusqu'à la fierté
Qui faisait croire à mon génie.

Quand j'ai connu la Vérité,
J'ai cru que c'était une amie ;
Quand je l'ai comprise et sentie,
J'en étais déjà dégoûté.

Et pourtant elle est éternelle,
Et ceux qui se sont passés d'elle
Ici-bas ont tout ignoré.

Dieu parle, il faut qu'on lui réponde.
Le seul bien qui me reste au monde
Est d'avoir quelquefois pleuré.

Alfred de Musset
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Eternel etudiant
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Re: Poêmes que vous aimez

Message par Eternel etudiant » lundi 15 novembre 2010 19:08

Un profond poème d'amour et de force retrouvée.


ELSA (Aragon)

Suffit-il donc que tu paraisses
De l'air que te fait rattachant
Tes cheveux ce geste touchant
Que je renaisse et reconnaisse
Un monde habité par le chant
Elsa mon amour ma jeunesse

O forte et douce comme un vin
Pareille au soleil des fenêtres
Tu me rends la caresse d'être
Tu me rends la soif et la faim
De vivre encore et de connaître
Notre histoire jusqu'à la fin

C'est miracle que d'être ensemble
Que la lumière sur ta joue
Qu'autour de toi le vent se joue
Toujours si je te vois je tremble
Comme à son premier rendez-vous
Un jeune homme qui me ressemble

Pour la première fois ta bouche
Pour la première fois ta voix
D'une aile à la cime des bois
L'arbre frémit jusqu'à la souche
C'est toujours la première fois
Quand ta robe en passant me touche

Ma vie en vérité commence
Le jour où je t'ai rencontrée
Toi dont les bras ont su barrer
Sa route atroce à ma démence
Et qui m'a montré la contrée
Que la bonté seule ensemence

Tu vins au cœur du désarroi
Pour chasser les mauvaises fièvres
Et j'ai flambé comme un genièvre
À la Noël entre tes doigts

Je suis né vraiment de ta lèvre
Ma vie est à partir de toi

Suffit-il donc que tu paraisses
De l'air que te fait rattachant
Tes cheveux ce geste touchant
Que je renaisse et reconnaisse
Un monde habité par le chant
Elsa mon amour ma jeunesse
"Toutes les impossibilités n'en sont qu'une : celle d'aimer, celle de sortir de sa propre tristesse." Cioran

Mélina
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Poêmes que vous aimez

Message par Mélina » samedi 05 février 2011 20:32

Ce n'est pas un poème, c'est une chanson (de Catherine Ribeiro), mais c'est tout comme:

Je t'écris de la main gauche
Celle qui n'a jamais parlé
Elle hésite, est si gauche
Que je l'ai toujours caché

Je la mettais dans ma poche
Et là, elle broyait du noir
Elle jouait avec les croches
Et s'inventait des histoires

Je t'écris de la main gauche
Celle qui n'a jamais compté
Celle qui faisait des fautes
Du moins on l'a raconté

Je m'efforçais de la perdre
Pour trouver le droit chemin
Une vie sans grand mystère
Où l'on se donnera la main

Des mots dans la marge étroite
Tout tremblant qui font de dessins
Je me sens si maladroite
Et pourtant je me sens bien

Tiens voilà, c'est ma détresse
Tiens voilà, c'est ma vérité
Je n'ai jamais eu d'adresse
Rien qu'une fausse identité

Je t'écris de la main bête
Qui n'a pas le poing serré
Pour la guerre elle n'est pas prête
Pour le pouvoir n'est pas douée

Voilà que je la découvre
Comme un trésor oublié
Une vie que je recouvre
Pour les sentiers égarés

On prend tous la ligne droite
C'est plus court, ho oui, c'est plus court
On ne voit pas qu'elle est étroite
Il n'y a plus de place pour l'amour

Je voulais dire que je t'aime
Sans espoir et sans regrets
Je voulais dire que je t'aime, t'aime
Parce que ça semble vrai

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jessie
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Poêmes que vous aimez

Message par jessie » dimanche 06 février 2011 7:42

une chanson aussi, de Linda Lemay, La visite

Je veux pas de visite
Parce que j'ai pas passé le balai
Parce que j'ai pas de liqueur au frais

Je veux pas de visite
Je veux pas leur dire comment je vais
Pis j'ai les cheveux tout défaits

Je veux pas de visite
Parce que la maison est à l'envers
Parce que je suis pas bonne cuisinière

Je veux pas de visite
Parce que les cousins et les beaux-frères
Ça me tombe un peu sur les nerfs

Parce que la visite, ça parle fort
Et parce que c'est jamais d'accord
Parce que j'ai pas une grosse façon
Parce que j'ai pas de plat de bonbons
Parce que j'ai pas de conversation
Je veux pas de visite!

Je veux pas de visite
Parce quand ça sonne à la porte
J'ai comme une envie d'être morte

Toute la visite
C'est hypocrite en arrivant
Et puis ça repart en mémérant
Je veux pas de visite

Je veux qu'on me traite de sauvage
Et que ça se dise dans le voisinage
Je veux qu'on m'évite
Que les enfants demandent à leur mère
"Est-ce que c'est vrai que c'est une sorcière?"

Parce que la visite, c'est comme les fourmis
Ça rentre et puis ça se multiplie
Ça revient tout le temps comme un cauchemar
Ça pense qu'on est content de les voir
Ça coupe les films en plein milieu
Ça prend le divan le plus moelleux
Ça nous condamne à la chaise droite
Ça prend racine, ça mange comme quatre

Je veux pas de visite
Je ferme les lumières et les rideaux
Je fais ma prière, je cache mon auto
Je veux pas de visite
Parce que je déteste les surprises
Quand je me promène en queue de chemise

Parce que la visite, c'est pas futé
Ça fait du bruit, puis ça grignote
C'est des petites bêtes bien élevées
Faut leur faire bouffer des peanuts

Mais le problème, c'est que ça s'attache
Ça coûte une fortune de pistaches
Et quand ça fini par partir
Ça nous promet que ça va revenir...
...Et ça revient!
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cleopatre
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Poêmes que vous aimez

Message par cleopatre » mardi 08 février 2011 22:33

Baudelaire, "élévation", Les Fleurs du Mal

Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées,
Des montagnes, des bois, des nuages, des mers,
Par-delà le soleil, par-delà les éthers,
Par-delà les confins des sphères étoilées,

Mon esprit, tu te meus avec agilité,
Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l'onde,
Tu sillonnes gaîment l'immensité profonde
Avec une indicible et mâle volupté.

Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides ;
Va te purifier dans l'air supérieur,
Et bois, comme une pure et divine liqueur,
Le feu clair qui remplit les espaces limpides.

Derrière les ennuis et les sombres chagrins
Qui chargent de leur poids l'existence brumeuse,
Heureux celui qui peut d'une aile vigoureuse
S'élancer vers les champs lumineux et sereins ;

Celui dont les pensées, comme des alouettes,
Vers les cieux le matin prennent un libre essor,
— Qui plane sur la vie, et comprend sans effort
Le langage des fleurs et des choses muettes !

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jessie
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Poêmes que vous aimez

Message par jessie » mardi 15 février 2011 20:21

Il pleure dans mon coeur

Il pleure dans mon coeur
Comme il pleut sur la ville ;
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon coeur ?

Ô bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits !
Pour un coeur qui s'ennuie,
Ô le chant de la pluie !

Il pleure sans raison
Dans ce coeur qui s'écoeure.
Quoi ! nulle trahison ?...
Ce deuil est sans raison.

C'est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi
Sans amour et sans haine
Mon coeur a tant de peine !

Paul Verlaine
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ToutePetiteMimi
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Poêmes que vous aimez

Message par ToutePetiteMimi » lundi 07 mars 2011 17:02

LESBOS
Mère des jeux latins et des voluptés grecques,
Lesbos, où les baisers, languissants ou joyeux,
Chauds comme les soleils, frais comme les pastèques,
Font l'ornement des nuits et des jours glorieux
Mère des jeux latins et des voluptés grecques,

Lesbos, où les baisers sont comme les cascades
Qui se jettent sans peur dans les gouffres sans fonds,
Et courent, sanglotant et gloussant par saccades,
Orageux et secrets, fourmillants et profonds
Lesbos, où les baisers sont comme les cascades !

Lesbos, où les Phrynés l'une l'autre s'attirent
Où jamais un soupir ne resta sans écho,
À l'égal de Paphos les étoiles t'admirent
Et Vénus à bon droit peut jalouser Sapho !
Lesbos, où les Phrynés l'une l'autre s'attirent,

Lesbos, terre des nuits chaudes et langoureuses
Qui font qu'à leurs miroirs, stérile volupté !
Les filles aux yeux creux, de leurs corps amoureuses,
Caressent les fruits mûrs de leur nubilité ;
Lesbos, terre des nuits chaudes et langoureuses,

Laisse du vieux Platon se froncer l'oeil austère,
Tu tires ton pardon de l'excès des baisers,
Reine du doux empire, aimable et noble terre
Et des raffinements toujours inépuisés.
Laisse du vieux Platon se froncer l'oeil austère.

Tu tires ton pardon de l'éternel martyre,
Infligé sans relâche aux coeurs ambitieux,
Qu'attire loin de nous le radieux sourire
Entrevu vaguement au bord des autres cieux !
Tu tires ton pardon de l'éternel martyre !

Qui des Dieux osera, Lesbos, être ton juge
Et condamner ton front pâli dans les travaux,
Si ses balances d'or n'ont pesé le déluge
De larmes qu'à la mer ont versé tes ruisseaux ?
Qui des Dieux osera, Lesbos, être ton juge ?

Que nous veulent les lois du juste et de l'injuste ?
Vierges au coeur sublime, honneur de l'archipel,
Votre religion comme une autre est auguste,
Et l'amour se rira de l'Enfer et du Ciel !
Que nous veulent les lois du juste et de l'injuste ?

Car Lesbos entre tous m'a choisi sur la terre
Pour chanter le secret de ses vierges en fleurs,
Et je fus dès l'enfance admis au noir mystère
Des rires effrénés mêlés aux sombres pleurs ;
Car Lesbos entre tous m'a choisi sur la terre.

Et depuis lors je veille au sommet de Leucate,
Comme une sentinelle à l'oeil perçant et sûr,
Qui guette nuit et jour brick, tartane ou frégate,
Dont les formes au loin frissonnent dans l'azur ;
Et depuis lors je veille au sommet de Leucate

Pour savoir si la mer est indulgente et bonne,
Et parmi les sanglots dont le roc retentit
Un soir ramènera vers Lesbos, qui pardonne,
Le cadavre adoré de Sapho, qui partit
Pour savoir si la mer est indulgente et bonne !

De la mâle Sapho, l'amante et le poète,
Plus belle que Vénus par ses mornes pâleurs !
- L'oeil d'azur est vaincu par l'oeil noir que tachette
Le cercle ténébreux tracé par les douleurs
De la mâle Sapho, l'amante et le poète !

- Plus belle que Vénus se dressant sur le monde
Et versant les trésors de sa sérénité
Et le rayonnement de sa jeunesse blonde
Sur le vieil Océan de sa fille enchanté ;
Plus belle que Vénus se dressant sur le monde !

- De Sapho qui mourut le jour de son blasphème,
Quand, insultant le rite et le culte inventé,
Elle fit son beau corps la pâture suprême
D'un brutal dont l'orgueil punit l'impiété
De celle qui mourut le jour de son blasphème.

Et c'est depuis ce temps que Lesbos se lamente
Et, malgré les honneurs que lui rend l'univers,
S'enivre chaque nuit du cri de la tourmente
Que poussent vers les cieux ses rivages déserts !
Et c'est depuis ce temps que Lesbos se lamente !

Baudelaire: les Fleurs du mal (1861)
poème condamné en 1857

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celia
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Message par celia » jeudi 02 juin 2011 17:25

Au fond du coeur,

Au fond du coeur, au fond de notre coeur, un beau jour, le beau jour de tes yeux continue . Les champs, l'été, les bois, le fleuve . Fleuve seul animant l'apparence des cimes. Notre amour, c'est l'amour de la vie, le mépris de la mort . A même la lumière contredite, souffrante, une flamme perpétuelle .

Dans tes yeux, un seul jour, sans croissance ni fin, un jour sur terre, plus clair en pleine terre que les roses mortelles dans les sources du midi .

Au fond de notre coeur, tes yeux dépassent tous les ciels, leur coeur de nuit . Flèches de joie, ils tuent le temps, ils tuent l'espoir et le regret, ils tuent l'absence . La vie, la forme humaine autour de tes yeux clairs .

P. Eluard "Donner à voir"

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Perséphone
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Message par Perséphone » jeudi 16 juin 2011 11:03

JACQUES PRÉVERT Paroles

Barbara

Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-la
Et tu marchais souriante
Epanouie ravie ruisselante
Sous la pluie
Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest
Et je t'ai croisee rue de Siam
Tu souriais
Et moi je souriais de meme
Rappelle-toi Barbara
Toi que je ne connaissais pas
Toi qui ne me connaissais pas
Rappelle-toi
Rappelle-toi quand meme ce jour-la
N'oublie pas
Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crie ton nom
Barbara
Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante ravie epanouie
Et tu t'es jetee dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara
Et ne m'en veux pas si je te tutoie
Je dis tu a tous ceux que j'aime
Meme si je ne les ai vus qu'une seule fois
Je dis tu a tous ceux qui s'aiment
Meme si je ne les connais pas
Rappelle-toi Barbara
N'oublie pas
Cette pluie sage et heureuse
Sur ton visage heureux
Sur cette ville heureuse
Cette pluie sur la mer
Sur l'arsenal
Sur le bateau d'Ouessant
Oh Barbara
Quelle connerie la guerre
Qu'es-tu devenue maintenant
Sous cette pluie de fer
De feu d'acier de sang
Et celui qui te serrait dans ses bras
Amoureusement
Est-il mort disparu ou bien encore vivant
Oh Barbara
Il pleut sans cesse sur Brest
Comme il pleuvait avant
Mais ce n'est plus pareil et tout est abime
C'est une pluie de deuil terrible et desolee
Ce n'est meme plus l'orage
De fer d'acier de sang
Tout simplement des nuages
Qui crevent comme des chiens
Des chiens qui disparaissent
Au fil de l'eau sur Brest
Et vont pourrir au loin
Au loin tres loin de Brest
Dont il ne reste rien.
"Ce n'est pas un signe de bonne santé mentale que d'être parfaitement intégré dans une société malade"
Persé continue sur de nouvelles bases
Mes bébés

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Hubert
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Message par Hubert » jeudi 16 juin 2011 20:33

Joli poème :smile:

Je l'ai étudié et ça fait bizarre de le revoir.

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psg755
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Message par psg755 » vendredi 11 novembre 2011 3:06

Décidément, Baudelaire a du succès.
Pour moi, le plus beau reste celui-ci, surtout le dernier quatrain.

Spleen, C.Baudelaire

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l'horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits;

Quand la terre est changée en un cachot humide,
Où l'Espérance, comme une chauve-souris,
S'en va battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à des plafonds pourris;

Quand la pluie étalant ses immenses traînées
D'une vaste prison imite les barreaux,
Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,

Des cloches tout à coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrement.

- Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme; l'Espoir,
Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.

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psg755
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Message par psg755 » jeudi 17 novembre 2011 0:54

Un autre de Baudelaire, celui-ci davantage centré sur la passion amoureuse que sur le désespoir. Comme en ce moment pour moi, les deux vont ensemble, je poste également celui-ci.

Je veux bâtir pour toi, Madone, ma maîtresse,
Un autel souterrain au fond de ma détresse,
Et creuser dans le coin le plus noir de mon coeur,
Loin du désir mondain et du regard moqueur,
Une niche, d'azur et d'or tout émaillée,
Où tu te dresseras, Statue émerveillée.
Avec mes Vers polis, treillis d'un pur métal
Savamment constellé de rimes de cristal,
Je ferai pour ta tête une énorme Couronne ;
Et dans ma jalousie, ô mortelle Madone,
Je saurai te tailler un Manteau, de façon
Barbare, roide et lourd, et doublé de soupçon,
Qui, comme une guérite, enfermera tes charmes ;
Non de Perles brodé, mais de toutes mes Larmes !
Ta Robe, ce sera mon Désir, frémissant,
Onduleux, mon Désir qui monte et qui descend,
Aux pointes se balance, aux vallons se repose,
Et revêt d'un baiser tout ton corps blanc et rose.
Je te ferai de mon Respect de beaux Souliers
De satin, par tes pieds divins humiliés,
Qui, les emprisonnant dans une molle étreinte,
Comme un moule fidèle en garderont l'empreinte.
Si je ne puis, malgré tout mon art diligent,
Pour Marchepied tailler une Lune d'argent,
Je mettrai le Serpent qui me mord les entrailles
Sous tes talons, afin que tu foules et railles,
Reine victorieuse et féconde en rachats,
Ce monstre tout gonflé de haine et de crachats.
Tu verras mes Pensers, rangés comme les Cierges
Devant l'autel fleuri de la Reine des Vierges,
Étoilant de reflets le plafond peint en bleu,
Te regarder toujours avec des yeux de feu ;
Et comme tout en moi te chérit et t'admire,
Tout se fera Benjoin, Encens, Oliban, Myrrhe,
Et sans cesse vers toi, sommet blanc et neigeux,
En Vapeurs montera mon Esprit orageux.

Enfin, pour compléter ton rôle de Marie,
Et pour mêler l'amour avec la barbarie,
Volupté noire ! des sept Péchés capitaux,
Bourreau plein de remords, je ferai sept Couteaux
Bien affilés, et, comme un jongleur insensible,
Prenant le plus profond de ton amour pour cible,
Je les planterai tous dans ton Coeur pantelant,
Dans ton Coeur sanglotant, dans ton Coeur ruisselant !


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