En fait en avançant dans ma lecture, l'auteur reprend une thèse de Hans Jonas. Il distingue le principe de responsabilité du principe de précaution. Le premier est basé sur la morale, le second sur des décisions politiques. Le postulat : il est hard de définir le futur, qui est complexe et encore irréel, à partir de technologies et modélisations scientifiques limitées (je sens venir ton désaccord à toute allure ^^).
Quand il parle de morale dans le principe de responsabilité, c'est pas en mode "bien ou mal", mais en mode la capacité à ressentir la faiblesse/limite de la nature et des éléments et donc leur valeur. La responsabilité est traditionnellement portée sur ce qui est, mais ici Hans Jonas la définit "pour ce qui viendra". Donc ça se décide maintenant et l'éthique du futur est déjà actuelle. Vient ensuite le principe de précaution qui est plus politique, pragmatique, basé sur des décisions qui ne sont parfois fondées que sur des hypothèses non vérifiées. Tu parles de risques et de bataille de boules de neige, c'est un peu le délire. Que faire alors ? Attendre une preuve avant d'agir ? Agir et attendre d'avoir une preuve ?
Et pour lui, dans cette m*rde environnementale actuelle, la peur permet la prudence (là encore, je te vois venir

). Mais il ne s'agit pas d'une peur qui fige, c'est une réaction salutaire qui pousse à se questionner. C'est l' "heuristique de la peur". La question est : comment savoir quel niveau de prudence accepter et quel renoncement sommes-nous prêts à faire sur le progrès technologique ? L'inverse est vrai aussi : comment rester dans l'innovation tout en adoptant une posture de prudence ? Ton exemple de la techno qui serait néfaste à une minorité est un bonne exemple. Là on touche à la philosophie de Bentham.
Je pense également qu'il y a un énorme décalage entre le principe de responsabilité qui est une forme de "vigilance philosophique" VS le principe de précaution qui est finalement peu adopté. Peut-être davantage chez les pays aisés que ceux en développement, oui, à voir !
Il y également, je trouve, un souci de crédibilité. Comment demander à certains pays en plein développement (Inde par exemple) de se limiter face au contexte écologique actuel, alors que c'est nous-mêmes qui avons niqué la planète ? La capacité à fédérer autour d'une cause commune est très difficile et effectivement cela varie beaucoup en fonction des pays. Quand on est encore dans une logique de survie et de grande précarité, on se fout des bébés dauphins.
En fait, je m'interroge sur la notion de collectif. Est-il vraiment possible ? Si on réduit nos émissions drastiquement, en 2100 nous n'auront pris que "1.5°" dans la figure, si on ne fait rien alors ce sera 3/4°, c'est énormissime. Se pose la notion d'équité : qui doit fournir le plus d'effort ? Les pays qui ont flingué doivent-ils payer plus ? Faudra-t-il créer une instance mondiale ou un nouveau modèle pour penser des décisions fondatrices ?
Je digresse, je peux pas parler de tout, y a trop de trucs, c'est déjà pas mal. ^^ N'hésitez pas à faire des pauses et à boire un verre d'eau entre deux paragraphes !
