Réflexion sur le catastrophisme

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Amphigouri
Messages : 8366
Enregistré le : vendredi 12 mai 2023 14:31

Réflexion sur le catastrophisme

Message par Amphigouri »

Holà,

Je lis un livre sur le sujet -> Le courage d'avoir peur : Réflexions sur le catastrophisme, de Eric Chevet, un professeur agrégé de philo (il n'est pas encore mort, lol, bizarre d'étudier un philosophe vivant :rire2: )

Ici le catastrophisme est : la fin de l'humanité.

L'objectif du livre est de déterminer l'origine du catastrophisme, comment il se manifeste à travers les époques et les penseurs, et surtout, de savoir s'il est possible de faire un bon usage du catastrophisme. Il parle de religion, de science bien sûr, de philo, un peu de socio...

Voilà, je pense que tout le monde va nexter ce topic, sauf peut-être une personne. :rire1: Je ne le nomme pas, il se reconnaîtra !

Perso, je partagerai quelques idées à débattre et je me ferai probablement l'avocat du diable, tantôt l'un, tantôt l'autre. :yeh:

Hop, je plonge dans ce monde angoissant qui bientôt ne sera plus ! (Mais avant je vais manger un croissant)
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clémentine
Messages : 10208
Enregistré le : dimanche 08 avril 2012 17:41

Réflexion sur le catastrophisme

Message par clémentine »

Oui, voilà un sujet intéressant Amphi et nous avions discuté avec mon ex-psy, mais sommes vite tombées d'accord, elle disait que n'avoir pas peur en ce moment était plus inquiétant, elle m'avait conseillé un livre mais je n'ai pas noté le nom, dommage.
Ce n'était pas celui que tu as lu, là.

Je suppose que je ne suis pas la personne que tu attends mais c'est vrai que je n'ai pas trop envie d'en parler sur un forum. ça me prendrait trop de temps et je n'ai plus l'âge non plus.
Mais je serais une lectrice attentionnée.
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Amphigouri
Messages : 8366
Enregistré le : vendredi 12 mai 2023 14:31

Réflexion sur le catastrophisme

Message par Amphigouri »

Coucou,

C'est un livre assez complexe, je dois l'admettre, il y a des notions que je ne connais pas.

Je commence par exposer quelques explications sur le "principe de précaution", qui pose les bases de la gestion du catastrophisme, ou du moins une modalité de gestion, avec ses avantages et ses défauts.

En gros, il est né dans les années 60/70, pour protéger la mer du Nord de "substances préjudiciables" et consiste en une approche de précaution qui vise à prendre des mesures de protection avant même qu'une relation de cause à effet scientifique soit établie par des preuves scientifiques.

Attention, prévention et différent de précaution :
- prévention -> vise les risques connus et avérés
- précaution -> vise des hypothèses non vérifiées mais jugées probables

Ce qui est complexe, c'est que la société demande des précautions de plus en plus pour se prémunir mais cela peut freiner le progrès technologique du fait de mesures appliquées sans preuves rigoureuses à l'appui, contrairement au principe de précaution.

Alors comment agir en tant que politicien ? "Si gouverner c'est prévoir, alors comment agir lorsque justement il est impossible de le faire ?"

En fait, il y a ambivalence : il est jugé excessif ou insuffisant. D'une part, le principe de précaution est jugé comme excessif car il bloque le progrès et est une sorte de luxe disproportionné face à la probabilité des risques. De l'autre, c'est aussi une nouvelle stratégie d'adaptation face à la shit actuelle.

Finalement, y a une sorte d'opposition intrinsèque de la précaution, entre besoin de sécurisation (stratégie) et suppression du risque (frein au progrès). La science devient à la fois objet de solution et de cause de catastrophes. Plus on découvre, plus on découvre les menaces qui vont avec.

J'arrête là... Que pensez-vous de ce fameux principe de précaution ? Constitue-t-il une solution ou un frein d'après-vous ?

S'il y a plus de 3 personnes qui répondent, vous avez le droit de me donner un gage. :mrvert:
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Ictavia
Messages : 9284
Enregistré le : mercredi 15 février 2017 22:44

Réflexion sur le catastrophisme

Message par Ictavia »

Je ne connaissais pas cette différence entre prévention et précaution dans ce domaine. Dans le cas d'un truc aussi important que la mer du Nord (ou le Saint-Laurent par chez moi), je trouve cela tout à fait justifié d'être particulièrement précautionneux étant donné qu'une catastrophe écologique aura des conséquences graves autant sur les populations humaines que sur l'ensemble de l'écosystème. Le progrès technologique ou les gains financiers à court terme ne contrebalancent généralement pas les risques encourus dans le cas d'une erreur ou d'une conséquence négative imprévue.

Mais si l'on sort du sujet de l'environnement pour aller vers des considérations purement humaines, la question est de savoir jusqu'où doit-on aller dans les précautions. Par exemple, si une technologie pouvait améliorer l'existence de la majorité de la population, mais qu'une infime minorité pouvait avoir des problèmes de santé mentale à cause de celle-ci, doit-on l’interdire ou retarder son implémentation ? Quel est un niveau de risque jugé acceptable dans des sociétés lorsqu'il est question de vie humaine ? La sensibilité sur ce genre de questions varie beaucoup d'un pays à l'autre et trouver ce point d'équilibre n'est pas aisé. Je crois d'ailleurs que plus une société est aisée, plus elle aura du mal à supporter les risques. Ceux-ci sembleront plus acceptables à des gens s'imaginant avoir peu à perdre.

Pour venir d'un coin où il y a des débats publics sur la question de « devrait-on laisser les enfants faire des batailles de boules de neige en hiver dans nos écoles ? », ça m'évoque pas mal ça. Aussi odieux que ça pourra sembler, je suis de ceux qui considèrent « acceptable » qu'un enfant puisse perdre un œil une fois par 20 ans en se recevant un morceau de glace dans une boule de neige plutôt que d'interdire à l'ensemble d'une génération de pouvoir s'amuser ainsi pendant son enfance. J'ai tendance à garder cette approche dans la majorité des sujets et ça peut créer des décalages avec certains, même si je ne suis pas le seul à avoir mon point de vue (même si en général on mettrait l'emphase sur les jeunes qui s'amusent et minimiserait celui qui perdra un œil).

Au plaisir de voir d'autres de tes réflexions sur le sujet :jap:
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Amphigouri
Messages : 8366
Enregistré le : vendredi 12 mai 2023 14:31

Réflexion sur le catastrophisme

Message par Amphigouri »

En fait en avançant dans ma lecture, l'auteur reprend une thèse de Hans Jonas. Il distingue le principe de responsabilité du principe de précaution. Le premier est basé sur la morale, le second sur des décisions politiques. Le postulat : il est hard de définir le futur, qui est complexe et encore irréel, à partir de technologies et modélisations scientifiques limitées (je sens venir ton désaccord à toute allure ^^).

Quand il parle de morale dans le principe de responsabilité, c'est pas en mode "bien ou mal", mais en mode la capacité à ressentir la faiblesse/limite de la nature et des éléments et donc leur valeur. La responsabilité est traditionnellement portée sur ce qui est, mais ici Hans Jonas la définit "pour ce qui viendra". Donc ça se décide maintenant et l'éthique du futur est déjà actuelle. Vient ensuite le principe de précaution qui est plus politique, pragmatique, basé sur des décisions qui ne sont parfois fondées que sur des hypothèses non vérifiées. Tu parles de risques et de bataille de boules de neige, c'est un peu le délire. Que faire alors ? Attendre une preuve avant d'agir ? Agir et attendre d'avoir une preuve ?

Et pour lui, dans cette m*rde environnementale actuelle, la peur permet la prudence (là encore, je te vois venir :rire1: ). Mais il ne s'agit pas d'une peur qui fige, c'est une réaction salutaire qui pousse à se questionner. C'est l' "heuristique de la peur". La question est : comment savoir quel niveau de prudence accepter et quel renoncement sommes-nous prêts à faire sur le progrès technologique ? L'inverse est vrai aussi : comment rester dans l'innovation tout en adoptant une posture de prudence ? Ton exemple de la techno qui serait néfaste à une minorité est un bonne exemple. Là on touche à la philosophie de Bentham.

Je pense également qu'il y a un énorme décalage entre le principe de responsabilité qui est une forme de "vigilance philosophique" VS le principe de précaution qui est finalement peu adopté. Peut-être davantage chez les pays aisés que ceux en développement, oui, à voir ! :intero:

Il y également, je trouve, un souci de crédibilité. Comment demander à certains pays en plein développement (Inde par exemple) de se limiter face au contexte écologique actuel, alors que c'est nous-mêmes qui avons niqué la planète ? La capacité à fédérer autour d'une cause commune est très difficile et effectivement cela varie beaucoup en fonction des pays. Quand on est encore dans une logique de survie et de grande précarité, on se fout des bébés dauphins.

En fait, je m'interroge sur la notion de collectif. Est-il vraiment possible ? Si on réduit nos émissions drastiquement, en 2100 nous n'auront pris que "1.5°" dans la figure, si on ne fait rien alors ce sera 3/4°, c'est énormissime. Se pose la notion d'équité : qui doit fournir le plus d'effort ? Les pays qui ont flingué doivent-ils payer plus ? Faudra-t-il créer une instance mondiale ou un nouveau modèle pour penser des décisions fondatrices ?

Je digresse, je peux pas parler de tout, y a trop de trucs, c'est déjà pas mal. ^^ N'hésitez pas à faire des pauses et à boire un verre d'eau entre deux paragraphes ! :rire2:
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